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Chaque mois, Innoviris pose quelques questions à un acteur bruxellois innovant. Qu'ils soient chercheurs, entrepreneurs, partenaires, ils auront tous un avis pertinent sur différents aspects de la RDI bruxelloise.

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Chaque mois, Innoviris pose quelques questions à un acteur bruxellois innovant.

Qu'ils soient chercheurs, entrepreneurs, partenaires, ils auront tous un avis pertinent sur différents aspects de la RDI bruxelloise. 

Mars 2017: Rencontre avec Anne Paduart et Stéphanie Van de Voorde, chercheuses à la VUB. Elles travaillent sur les projets DynStra et RetroCo, qui font partie de la plateforme Brussels Retrofit XL, plateforme de recherche en éco-construction financée par Innoviris de 2012 et 2016.

Pouvez-vous présenter vos projets ?

Anne Paduart : DynStra et RetroCo sont deux projets du département « Architectonische Ingenieurswetenschappen » (ARCH) de la Vrije Universiteit Brussel. Ils se concentrent sur la rénovation durable de notre patrimoine immobilier bruxellois et ont un angle complémentaire. DynStra signifie ‘Dynamic Strategies for the renovation of post-war housing in Brussels’ ; c'est un projet qui prolonge mon doctorat réalisé en 2012. En collaboration avec les membres de l'équipe TRANSFORM, Stijn Elsen et Niels De Temmerman, nous souhaitons montrer comment les typologies de bâtiments peuvent être rénovées en suivant une vision circulaire. La rénovation est alors vue comme une opportunité de rendre les bâtiments plus résistants aux adaptations non prévisibles et, en même temps, concevoir des bâtiments comme des banques de matériaux pour le futur. C’est dans ce but que Stijn et moi avons développé un système de construction circulaire innovateur, par analogie avec un kit de Meccano, qui a été appliqué comme test dans un immeuble à appartements bruxellois. Le système de construction ‘DynamicWall’ propose une solution de construction alternative. Dans le futur, il permettra de mieux refermer les circuits de matériaux et de mieux répondre aux nouvelles situations de logements, grâce à sa facilité de démontage et à ses possibilités de réutilisation.

Système de construction "Dynamic Wall" 

Stéphanie Van de Voorde : Le projet RetroCo, développé au sein de l'équipe de recherche ReUse, est porté par Ine Wouters, Inge Bertels, Ann Verdonck, Filip Descamps et moi-même. La recherche se concentre sur le patrimoine présent actuellement. Les dizaines de milliers d'habitations construites durant la période 1945-1975 à Bruxelles doivent en effet être rénovées d'urgence. Pour ce faire, il est nécessaire de développer une stratégie de rénovation durable à leur profit. Il est également très important de savoir comment elles ont 

été construites et quelles sont les propriétés de leurs matériaux. Mais, les matériaux utilisés à cette époque n'existent souvent plus ou sont à peine connus. C'est pourquoi RetroCo a beaucoup investi dans l'analyse et l'évaluation de certains matériaux de construction typique de l'après-guerre. Cette connaissance peut alors être mise à profit dans les projets de rénovation, dans les analyses en vue du réemploi des matériaux de construction, etc.  

Pourquoi le fait d'investir dans la construction et la rénovation durables des habitations constitue-t-il un thème si important pour Bruxelles ?

Anne Paduart : Bruxelles ne possède pas de matières premières 'propres' et les espaces libres sont devenus très rares, alors que la pression sur le tissu urbain ne cesse de croître. Bruxelles a, de ce fait, besoin d'une vision forte sur la manière de gérer le patrimoine existant : on procède trop souvent à des rénovations complètes très approfondies, et parfois irréfléchies, qui ne tiennent pas compte de la valeur tant financière et écologique qu'architecturale et historique des bâtiments et des matériaux qui ont été utilisés. Nous devons également inverser le mode de réflexion, qui se base aujourd’hui uniquement sur le court terme. Il est important de se projeter davantage vers le futur : les bâtiments que nous rénovons aujourd'hui devront servir à plusieurs générations et à nouveau répondre à des normes évoluant de manière imprévisible et à de nouvelles exigences en matière de confort. C'est la raison pour laquelle des solutions de rénovation durable doivent être développées, afin que ces matériaux puissent être utilisés le plus longtemps possible. Pour y arriver il est important de se concentrer sur des détails adaptés, des matériaux durables et la réversibilité des interventions.

Qu’elle a été le rôle de la plateforme « Brussels Retrofit XL » ?

Stéphanie Van de Voorde : Une telle plateforme de recherche vous permet d’entrer en contact étroit avec des chercheurs qui s'intéressent au même thème ou sujet, mais qu'ils approchent avec des compétences et une expertise différentes et souvent complémentaires. Cela conduit à de nouvelles perspectives et d'intéressants échanges, tant avec des partenaires au sein de la plateforme qu'avec des partenaires externes. C'est ainsi qu'au sein du projet DynStra, un partenariat étroit a été conclu avec un partenaire industriel pour le développement du prototype du DynamicWall, tandis que dans le projet RetroCo, nous coopérons étroitement avec le secteur du patrimoine bruxellois et des universitaires internationaux. La plateforme offre également une énorme plus-value pour la valorisation des résultats de recherche, vu qu'elle génère une plus grande visibilité que si chaque projet travaillait de manière autonome.

Le programme  « Brussels Retrofit XL » est arrivé à son terme. Quels sont vos projets pour le futur ?

Anne Paduart : Afin de poursuivre la valorisation des solutions de construction circulaires, le groupe TRANSFORM construira le premier projet de rénovation circulaire sur son campus à Bruxelles. Cela se fera en coopération avec différents partenaires industriels, dans le cadre du projet européen HORIZON2020 ‘Buildings As Material Banks’. Au sein de ce laboratoire expérimental, nommé ‘Circular Retrofit Lab’, l'enjeu est de développer des solutions de rénovation pour les chambres d'étudiants du campus de la VUB. Ces solutions doivent être réversibles, réutilisables et donner une seconde vie à ces chambres de manière accessible et écologique.

Stéphanie Van de Voorde : Le projet RetroCo a également eu des retombées concrètes : le Ministère français de la Culture et de la Communication a lancé en 2016 un appel à projets présentant une nouvelle manière de gérer le patrimoine du 20e siècle. Nous participons à l’un des projets retenus avec 6 écoles supérieures d'architecture françaises. La méthodologie de recherche RetroCo, développée pour Bruxelles, sera transposée aux grands ensembles d'habitations construits en France pendant Les Trente Glorieuses. Le programme financé est donc bel et bien clôturé, mais il est clair que la recherche et la valorisation se poursuivent.

Qu'est-ce que la Région bruxelloise pourrait encore mettre en place pour stimuler la construction et la rénovation durables ?

Anne Paduart: D'une part, Bruxelles doit appuyer les expériences de transition nécessaires au développement de la rénovation durable de nos bâtiments bruxellois. À l'occasion de ces projets, nous remarquons que de nombreux obstacles doivent encore être levés lors de leur exécution pratique. D'autre part, les autorités doivent également appuyer l'innovation et agréer les bâtiments qui, à long terme, engendrent des bénéfices sur les plans financier, écologique et social. 

Stéphanie Van de Voorde : Grâce au lancement de l’action ‘Living Labs Brussels Retrofit’, Innoviris a permis le coup d’envoi de tels projets de transition et bancs d'essai. Le département souhaiterait y apporter sa contribution, car cet appel nous paraît être une occasion unique de mettre l'expertise combinée de ReUse et du groupe TRANSFORM en application. Notre département a remis une « expression d’intérêts » de rénovation des chambres d'étudiants de la VUB de l’architecte Willy Van Der Meeren (1971-1973), comme expliqué ci-dessus. En collaboration avec la VUB et d'autres partenaires extérieurs possédant une expertise dans le domaine du patrimoine, de l'aménagement et de la réutilisation des matériaux, nous voulons saisir cette rénovation comme une occasion de concilier différentes exigences en matière de valeur patrimoniale, de confort de vie et de capacité de transformation future. Nous espérons pouvoir traduire cette vision dans la pratique au cours des prochaines années et en présenter les résultats dans votre prochaine newsletter !